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Le garçon qui cherchait la peur

C’est une histoire cruelle que celle du Garçon qui cherchait la peur. Elle s’ouvre en monochrome vert, dans une ambiance de plaine américaine ou d’île coupée du monde. La silhouette d’un arbre réunit un homme, un garçon et un pendu. Un pendu encore vivant qui, décroché, tombe à genoux.

Un pendu qui raconte : « Mon père avait deux fils. L’aîné était intelligent et malin […]. L’autre était stupide, il ne comprenait et n’apprenait jamais rien. C’était moi. » Ce sera lui, tout du long, le narrateur, ce gamin « idiot » aux yeux ronds et aux dents cassées.

L’Italien Giacomo Nanni s’est inspiré des frères Grimm et de leur Conte de celui qui s’en alla pour connaître la peur. Il a fait du héros son « je », a transformé l’univers fantastique en un monde puritain à la mormone, et les rebondissements en un récit déconstruit. Il n’en reste que le fil, tranchant comme un rasoir. Ou plutôt attachant comme la corde, omniprésente, celle du lien, aux sens propre et figuré.

Car, pour ce garçon qui ne craint ni la colère ni les coups, tout tourne autour du père sévère, du frère violent et de la belle Maria, qu’il aime et qui ne devrait pas l’aimer.

Austère et oppressant, Le garçon qui cherchait la peur l’est aussi dans sa forme, retravaillée pour l’édition française en bichromie rouge et vert. De ses deux couleurs, de ses deux cases par planches, Giacomo Nanni fait surgir un garçon sans peur, mais laisse le lecteur écartelé entre rage et émerveillement. Marion Dumand